Mis à jour le 26 octobre 2026.
« Il convient de procéder à l’optimisation du ballon d’eau chaude afin d’en maximiser le rendement thermique. » Relisez cette phrase comme le ferait quelqu’un dont le chauffe-eau met vingt minutes à chauffer : il ne s’y reconnaît pas, et il referme l’onglet. Le choix des mots en rédaction web se joue dans l’écart entre le vocabulaire de celui qui écrit et celui de celui qui cherche. Cet atelier le travaille phrase par phrase autour de trois questions : le lecteur reconnaît-il les mots (ateliers 1, 3 et 4) ? La phrase se lit-elle sans effort (atelier 2) ? Le mot-clé sert-il le lecteur ou le moteur (atelier 5) ? Tous les « avant » et « après » ci-dessous sont des exemples écrits pour l’occasion, pas des extraits de sites réels.
Atelier 1 : le mot du lecteur avant le mot du métier
Avant : « Le détartrage du ballon permet de prévenir l’entartrage et d’optimiser la performance thermique. »
Après : « Un détartrage régulier évite que le calcaire s’accumule au fond du chauffe-eau : l’eau met plus de temps à chauffer et la facture grimpe. »
La seconde version garde l’information et la dit avec les mots que l’on prononce devant son appareil : calcaire, chauffe-eau, facture. Google recommande d’ailleurs ce réflexe : son guide d’initiation au SEO (mis à jour le 18 décembre 2025) invite à penser aux mots qu’un internaute pourrait taper, en rappelant que novices et experts ne cherchent pas avec les mêmes termes (l’exemple donné : « charcuterie » contre « plateau de fromage »). Quand les deux vocabulaires coexistent, gardez celui du lecteur dans la phrase et placez le terme technique entre parenthèses, une seule fois, avec sa définition.
Ce n’est pas réservé aux débutants. L’étude d’utilisabilité du Nielsen Norman Group (8 octobre 2017), menée auprès de professionnels des sciences, de la technologie et de la médecine, conclut que les lecteurs très instruits veulent eux aussi un texte bref et facile à parcourir : un responsable informatique écarte une page à cause de son jargon et de ses marques inconnues, une universitaire juge une page beaucoup trop dense. Entre deux termes de sens proche, le groupe recommande de choisir le plus familier du public.
Atelier 2 : le verbe fait le travail, la phrase respire
Avant : « Il convient de procéder à la mise à jour du logiciel. »
Après : « Mettez le logiciel à jour. »
Le nom abstrait (« mise à jour », « optimisation », « réalisation ») cache une action ; remettez le verbe. Même logique pour la longueur.
Avant (38 mots) : « Dans le but de permettre à nos lecteurs de bénéficier d’une meilleure compréhension des enjeux liés à la protection de leurs données personnelles, il est nécessaire que les entreprises procèdent à la mise en place de dispositifs adaptés. »
Après (deux phrases, 6 et 7 mots) : « Vos données personnelles sont en jeu. Les entreprises doivent installer des protections adaptées. »
Pour mesurer ce genre de gain, il existe un indice de lisibilité conçu pour le français : l’adaptation de la formule de Flesch par Kandel et Moles (Cahiers d’études de radio-télévision, 1958). Des chercheurs de l’université Laval la notent en 2022, dans cet article : 207 − 1,015 × MLS − 0,736 × MNS, où MLS est la longueur moyenne des phrases et MNS le nombre moyen de syllabes (pour cent mots dans les implémentations courantes de la formule ; l’article ne le précise pas). Plus le score est haut, plus le texte est facile : les paliers attribués aux auteurs vont de 90-100 (très facile) à 0-30 (très difficile), avec 60-70 pour un texte « standard ». Les mêmes chercheurs notent que les scores de niveaux voisins se chevauchent beaucoup, au point que la formule seule ne permet pas de classer un document de façon fiable. C’est un thermomètre, pas un objectif : on raccourcit parce que le lecteur manque de souffle, pas pour faire monter un chiffre.
Atelier 3 : un seul mot pour une seule chose
Avant : « Éteignez le cumulus. Le ballon doit se vider ; une fois l’appareil vidangé, rincez la cuve. »
Après : « Éteignez le chauffe-eau et videz-le. Une fois vide, rincez la cuve. »
On apprend à l’école à varier les mots ; sur une page pratique, la variété désoriente : le lecteur se demande s’il y a trois appareils. Dans un fil d’un forum d’écriture (novembre 2020), où une personne demandait comment améliorer ses écrits de télétravail, un répondant relève qu’éviter les répétitions vaut surtout pour un texte littéraire : dans un texte technique, certaines notions doivent être répétées. Le mémo FALC (facile à lire et à comprendre) publié par une association, qui reprend le guide de l’Unapei, formule la règle sans détour : le même mot, ou la même image, pour dire la même chose.
La règle ne demande pas un vocabulaire pauvre : un même objet garde un seul nom, mais la page peut employer tous les mots de son sujet. Une page sur le chauffe-eau parlera naturellement de calcaire, de vidange, de résistance, parce que ces notions font partie du sujet. Les outils sémantiques (voir notre fiche sur 1.fr) servent surtout à vérifier qu’aucune n’a été oubliée.
Atelier 4 : les mots qui donnent le ton
Avant : « Il est évident que, pour rappel, vous devez bien sûr sauvegarder vos fichiers. »
Après : « Sauvegardez vos fichiers avant de commencer. »
Avant : « C’est très simple : il suffit de cliquer sur Paramètres. »
Après : « Cliquez sur Paramètres. »
Dans le même fil, un répondant relève que « il est évident que » ou « bien sûr » peuvent sembler condescendants, et que « pour rappel » se supprime sans perte : le lecteur qui connaît l’information le sait déjà, les autres n’ont pas besoin qu’on le leur signale. Sur la difficulté d’une tâche, il conseille de s’en tenir aux faits plutôt que de donner son avis : écrire « c’est très simple » à quelqu’un qui n’y arrive pas, c’est lui faire sentir que la faute est de son côté. Plusieurs participants recommandent aussi de se relire à voix haute : les phrases bancales ou trop lourdes y deviennent pénibles à prononcer. Rayez ce que vous n’oseriez pas dire en face.
Atelier 5 : le mot-clé sans bourrage
Avant : « Nos chaussures de running homme sont les meilleures chaussures de running pour homme : achetez vos chaussures de running homme en ligne. »
Après : « Amorti souple ou ferme, semelle large ou fine : pour choisir des chaussures de running pour homme, le bon modèle dépend de la distance, du terrain et de votre façon de courir. »
L’expression visée revient trois fois (sous deux formes) dans la version « avant » et une seule fois dans la version « après », qui seule apprend quelque chose. Les règles anti-spam de Google (mises à jour le 31 août 2026) rangent dans l’accumulation de mots clés la répétition si fréquente des mêmes mots ou expressions que le texte ne semble plus naturel. Le guide sur les contenus utiles (7 octobre 2026) demande plutôt si le titre et les en-têtes résument clairement le sujet de la page, et rappelle que Google n’a pas de préférence pour un nombre de mots précis. Un repère de rédaction : le mot-clé principal appartient au titre, à l’introduction et à un intertitre ; le reste du texte s’écrit pour le lecteur. Pour le choix du sujet lui-même, voir comment choisir un sujet d’article de blog.
Du brouillon à la relecture : l’ordre qui protège le lecteur
Les mots du lecteur d’abord, les mots attendus ensuite, et seulement s’ils ont leur place. Le brouillon s’écrit pour le lecteur ; un outil sémantique ne sert qu’après, à repérer les termes attendus qui manquent, en visant 70 à 85 % de couverture sémantique plutôt que le maximum. Google formule la même hiérarchie : il recommande de créer un contenu people-first, destiné d’abord aux internautes et non à manipuler le classement (guide sur les contenus utiles). Le déroulé complet figure dans notre article pour rédiger un article web.
La relecture finale tient en trois gestes : vérifier que chaque terme technique est défini ou remplacé, repérer les phrases qui dépassent le souffle d’une lecture à voix haute, et reformuler les répétitions du mot-clé que l’oreille remarque (atelier 5).
